|
Conférence
aux beaux arts
Note sur Bunter Blitz par Makis Solomos
Omer Corlaix - 1998
Conférence
aux beaux arts
Conférence aux Beaux Arts de Reuil Malmaison
sur "Expériences entre musique et images"
"À l'instant où ma vision se fait forme,
je pense en musique,
ainsi dans ce même instant, mon écoute se fait geste,
et je pense à des images".
Comment expliquer ce phénomène
? Depuis des années ces impulsions sont créées
quand je regarde des tableaux, un film ou une photographie. Ce
phénomène qu'on dit que s'appelle "synesthésie".
Images
sonores, symétries, miroirs, plasticité de l'espace,
ne sont pas des mots simplement littéraires de références
pictural pour moi, sinon des objectifs que ma musique veut recréer
dans l'écoute.
Pourquoi placer l'imaginaire visuel dans l'ouïe ?
La réponse est très probablement dans mon éducation
: entre l'age de 5 et 13 ans j'ai suivi des cours de peinture
dans un atelier en même temps que mes d'études musicales.
Premierss tableaux, premiers contacts sensibles, charnels avec
la matière, que j'essaie aujourd'hui d'appliquer avec les
matériaux musicaux. Ces expériences se fusionnant
et se font chair dans le son.
Expérience
picturale :
Sans parler de la phénoménologie selon Husserl ou
Merleau-Ponty (où certains de ses écrits sur la
vision de la peinture peuvent s'assimiler à l'écoute
musicale ), ma connaissance se base dans le vécu, de ma
propre expérience et de l'interrogation compositionelle.
Dans recherche d'un langage musical propre, j'ai découvert
une possible convergence entre mes concepts musicaux et la peinture,
notamment par les œuvres et les écrits de Kandinsky
et Paul Klee, puis celles de l'artiste hollandais M.C. Escher.
Ainsi
la structure de Bunter Blitz (1994) pièce pour 13 musiciens,
est basée sur la théorie de la ligne de Klee et
sa fonction dans le plan-espace, telle qu'elle est développé
dans son Pädagogisches Skizzenbuch (Livres d'esquisses pédagogiques).
The Magic Mirror (1996) pour trio et Relais N°1 (1998) pour
septuor et dispositif électronique, s'inspirent des tableaux
de M.C.Escher dont les idées et les concepts comme la métamorphose,
la symétrie des objets, le remplissage régulier
de la surface ont organisé leur discours musical. Plusieurs
autres de mes compositions ont été inspiré
par des peintres comme Les regards inhérents par Van Doesburg,
Sextuor par Vasarely pour citer quelques unes.
Et
c'est à la découverte du film de Hans Namuth sur
Jackson Pollock , du cinéma abstrait et de l'expérimental,
que j'ai où l'idée de proposer à présenter
mes œuvres en simultané avec les films générateurs
de concepts, invitent le spectateur à la stimulation des
deux sensorialités, auditive et visuelle, en même
temps (le concept et la perception concomitantes). Évidement
se créée ainsi une autre façon d'écouter,
de percevoir la musique.
Expérience
filmique :
Les films de Oskar Fischinger , Walter Ruttmann , Lazlo Mohony-Nagy
, Chris Marker et Jean Luc Godard , Aussi Len Lye ou Norman Mc
Laren (réalisateurs qui travaillent étroitement
avec la musique). Le travail de montage de Dziga Vertov - "
l'homme et la camera ", Lazlo Moholy-Nagy, Fritz Lang , Sergei
Eisenstein, Orson Wells) ont remis en question dernièrement
le développement de ma technique d'écriture. Ces
différents travaux d'ordre visuel et sonore, m'ont influencé
dans la construction de différents des niveaux perceptifs,
quant à l'espace, au temps, au timbre et aussi au choix
de matériaux et le type de synthèse à utiliser
pour les pièces mixtes.
Depuis
1999, six sont l'œuvres crées à partir des
films.
1.Autumn
Rhythm in Summer (1999) pour 2 Violoncelles, bande et dispositif
électronique sur le film Jackson Pollock de Hans Namuth,
1950.
Si
dans un premier temps, l'observation des tableaux de Jackson Pollock
a la New Tate Gallery de Londres ainsi que l'image du film de
Namuth , ont remis en question le développement de ma technique
d'écriture. Son travail des différentes couches
de peinture, la fluidité de son geste et des ses traces,
ses drippings, m'ont influencé dans la constructions de
différents strates des niveaux perceptifs dans l'espace,
dans le développement du geste d'un objet musical, aussi
dans la spontanéité de son écriture et de
sa construction.
2.Le
Miroir, o el'art ce psy - spectral - commande du CIRM (2001) pour
Flûte(s), Clarinette(s), dispositif électronique,
Bande ADAT (6 pistes) sur le film Motion Painting N°1 d'Oskar
Fischinger, 1947.
C'est
dans le titre de la pièce, que la structure de celle-ci
se dévoile. Une partie de ce "faux" palindrome
a été écrit pour le plasticien François
Morellet . L'autre référence de construction, sont
les concepts du cinéaste Oskar Fischinger. Les analogies
de représentations des lignes, plans et surfaces ; la juxtaposition,
superposition, la fragmentation, font partie des principes utilisés
par ces artistes dans ses tableaux, installations, et films, qui
ont influencé mon travail d'organisation du discours musical.
dans les paramètres de construction de cette œuvre,
tant dans la partie instrumentale comme dans la plasticité
de l'électronique.
3.Quim(h)eras
II (2002) pour Bande en quadriphonie sur le film Wax Experiments
d'Oskar Fischinger (1923-1927)
Wax Experiments
En 1921 l'artiste Oskar Fischinger au l'idée de construire
une machine pour le cinéma d'animation, permettant de synchroniser
un mécanisme de coupe avec une caméra, afin que
chaque tranche coupée à l'extrémité
d'un bloc de cire, donne à la caméra l'image de
la surface du bloc. Cette technique de film est donc une coupe
transversale en accéléré des images formées
dans la cire.
Quim(h)eras II :
Ces coupes, ces plis dans la cire, m'on donne les idées
de travailler l'espace (tant réel comme musicale) d'une
façon plastique " plis et replis de la matière
", semblable au film d'Oskar Fischinger Wax Experiments.
Ainsi le choix d'utiliser la synthèse granulaire pendant
presque toute la totalité de la pièce. La structure
de cette œuvre, est synchronisée avec les changements
des tableaux du film, ainsi pouvoir expérimenter une forme
de synesthésie entre la vision et l'audition. Seulement
dans sa partie centrale et à la fin de la pièce,
présente un jeu asymétrique pour ponctuer la non
intention d'illustration. Les jeu instrumental du guitariste Bill
Frisell m'ont inspiré pour l'utilisation des sons de la
guitare électrique et du discours musical.
4.Dynamique
de la Grande Ville (2003) commande du CÉCI, pour Flûte(s),
Guitare(s) et Bande en quadriphonie. BOF de Corinne Dardé
d'après l'ébauche Dynamique de la Grande Ville de
Lazlo Moholy-Nagy.
La
découverte de l'ébauche du film de Lazlo Moholy-Nagy
Dynamique de la Grande Ville , écrit en 1921 mais jamais
réalisé, m'a donné envie de construire le
projet à partir des formes qui se dégagent de cette
esquisse, et de créer la partition musicale d'un nouveau
film réalisé par Corinne Dardé.
Les travaux et les recherches de ce plasticien, photographe et
théoricien ont été publiés au Bauhaus.
Ses théories de l'espace et du rythme dans le théâtre,
la photographie et le cinéma, sont des données dont
ils m'inspirèrent pour concevoir une forme musicale et
prolonger mes recherches en cours sur la dialectique du visuel
et du sonore.
Dans l'ébauche, on voit le rythme narratif, mais aussi
les différents dynamiques musicales que l'artiste veut
exprimer. L'idée est de créer une musique qui ne
se contente pas d'illustrer certains passages, mais de créer
une synesthésie avec l'image et le mouvement de la caméra.
Car ce mouvement recrée des espaces, différents
points de vue d'un objet, de même que la musique peut faire
entendre différents points d'écoute d'un objet sonore.
L'utilisation de l'électronique (bande de 4 à 6
pistes) avec des instruments (guitares, flûtes) renforcent
les impressions perceptives de l'espace, de la dynamique et du
mouvement.
5.Les
objets pareilles I et II (2002-2004) spectacle sonore-visuel avec
Pascale Criton.
Suite
à des échanges des idées avec la compositrice
Pascale Criton que cette spectacle a pu se construire.
Les œuvres présentées dans Les objets parallèles
articulent chacune le sonore à une temporalité visuelle
(lumière, projection-image). Au delà du concert,
une scénographie optique et sonore convoque différentes
sources : voix off, conversations/musique instrumentale, diffusion
et électronique en temps réel - projection vidéo,
lumière, image interactive. Sans céder à
l'illustration, ces différents registres sont mis en parallèles,
en situation de rencontre sensible. Une communauté esthétique,
celle des dynamismes, des images, des couleurs, des vitesses et
des simultanéités, racines de la plasticité
de l'espace et des temporalités, révèle des
parcours subjectifs entre le regard et l'ouïe .
Pour la première édition c'est la voix de Jean Luc
Godard, transformé, synthétise, mise en scène
dans des atmosphères proches à ces films, et les
textes d'Henri Michaux (réalisateur et écrivain
très attentifs au son), qu'on fait le lien entre les pièces
présentées.
6.Inside
Outer Space (2004) pour Flûte (ut, piccolo, fl.basse), Clarinette,
Violon, Violoncelle, Percussion et dispositif électronique
(Bande en quadriphonie) sur le film Outer Space de Peter Tscherkassky
(1988)
Si
Tscherkassky a trouvé sur le film The Entity (1983) de
Sidney Furie les éléments visuelles pour développer
sa technique Film Found Footage, pour ma part, mon Sound Found
Footage c'est dans la voix d'Aurora Cabana (ma grand-mère)
chantent des coplas (mélodies anciennes du nord de l'Argentine)
et dans le son de l'instrument qui m'accompagne depuis des années,
la guitare électrique.
1.Esquisses
Après
d'avoir visionné plusieurs fois Outer Space et The Entity,
je commence le processus dit opération chirurgicale du
film. C'est dans le dessin du Story-Board que peu à peu
les premières plans visuels, met à nue le travail
très minutieux de montage. Pour moi est très important
devoir le mécanisme de construction (comme dans un tableau).
Après je note ces mécanismes et les assimiles, est
ce à partir de ce point que je commence à construire,
dans une même niveau de détaille ma technique instrumental,
construire les analogies visuelles et auditives -p. e. la forme,
structure , les objets sonores a utiliser et la ligne musical
à suivre.
2.Image
& Musique - Congruences conceptuelles et Techniques
Pour
donner un exemple de cette démarche, quand Tscherkassky
fait un collage optique en superposent jusqu'au 5 strates de pellicule,
je développe ce passage dans l'écriture de 5 séquences
musicales en 5 temps différents, créant ainsi 5
différents plans de espace-temps.
Le processus que je viens de décrire s'applique également
à la sensation visuelle très stationné. Le
flicker (clignotant) qui m'incite à construire cet effet
visuel dans l'écoute, par le traitement fait à la
voix de ma grand -mêre avec la utilisation de filtres, dilatations,
granulation et travail de réverbération (delay,
échos dans le son). Aussi pour le début et fin de
la pièce à utiliser un objet sonore dehors des instruments
classique comme le polyéthylène et papier cellophane.
Inside Outer Space est dédiée avec tout mon admiration
à Peter Tscherkassky.
Conclusion
:
L'auditeur
est confronté à une fluctuation permanente entre
la vision et l'écoute. Et cette " type de stimulation
" qui peut être " instable " crée
une nouvelle, qu'on l'appelle synesthésie.
Ma démarche artistique ce n'ai pas de faire une musique
de film. Il s'agit de musique d'abord, et de la diffuser avec
l'image, le concept générateur et (de)construire
une nouvelle expérience de sens.
Aujourd'hui il faut proposer des nouvelles formes d'écoute,
pour que l'auditeur soit plus active.
Octavio
López, mars 2005
|
Note sur Bunter Blitz
Bunter
Blitz (éclair coloré) est inspiré du tableau
homonyme de Paul Klee. Klee s'est souvent référé
à la musique et a transposé picturalement des notions
techniques propres à l'art des sons. Octavio López
fait la proposition inverse et réalise une oeuvre musicale
qui, sans être perçue d'emblée comme picturale,
visuelle, n'en évoque pas moins, dès la première
audition, une qualité plastique ; plus exactement : spatiale.
Dans ses écrits techniques sur le dessin, Klee pose la
notion de ligne comme élément générateur
; d'elle peut émerger une surface et, enfin, la superposition
de plusieurs surfaces donne naissance à des plans. Octavio
López transpose tout cela en musique. La ligne est représentée
par des sons tenus qui, en évoluant lentement, peuvent
s'étendre jusqu'à créer une mélodie
où la ligne génératrice n'est pas présentée
dès le début : on l'entend vers les deux tiers de
la pièce (mesure 71), lors d'un solo de la clarinette.
Mais avant que la ligne ne prenne une valeur purement " musicale
" (mélodie), elle peut tisser des surfaces ; c'est
ce que l'on entend dès le début de la partition
lorsque, après l'attaque initiale, la résonance
s'anime progressivement et donne naissance à plusieurs
lignes qui, grâce à des mouvements mélodiques
linéaires et des superpositions métriques, finissent
par composer un ensemble compact : une surface. Enfin, les surfaces,
confiées à des familles instrumentales homogènes,
se chevauchent parfois: apparaît alors un plan. Ce processus
de génération de plusieurs niveaux spatiaux se répètent
plusieurs fois, d'une manière sans doute non préméditée,
intuitive. Octavio López veut peut-être suggérer
que la musique, à sa manière, peut créer
à l'infini pour l'oreille ce que le tableau crée
pour lui. Il y a néanmoins une différence, qui tient
à la qualité énergétique de la musique.
En effet, l'équivalent du " fond " pictural est
représenté musicalement par les résonances
qui suivent de très brèves (presque sans durée)
attaques assourdies. Or, ce fond, qui réémerge à
chaque fois que va commencer un nouveau processus de stratification
progressive (apparition d'une ligne, puis de plusieurs qui se
combinent en surfaces, pour finir en plans) est de plus en plus
limité (dans sa durée) au fur et à mesure
que la pièce avance dans le temps. Probablement parce que,
alors que le fond au sens pictural est une sorte de matière
neutre, musicalement il est le résultat de l'attaque, c'est-à-dire
d'une énergie initiale, et, à l'image de toute la
musique, Bunter Blitz d'Octavio López est un processus
entropique, de déperdition de l'énergie. Ce qui
"rassure" l'auditeur : c'est bien d'une oeuvre musicale
qu'il s'agit !
Makis
Solomos
|