La croix - mardi 14, mercredi 15 août 2001 - Festival de Conques

Dépêche du midi - mardi 14, mercredi 15 août 2001 - Festival de Conques

Le Monde - jeudi 5 avril 2001 - Ensemble 2E2M

Ouest France - 15 mars 2004

Télérama hors série - juin 2005 - Symphonie déconcertante

 

La croix - mardi 14, mercredi 15 août 2001 - Festival de Conques
Festival de Conques : l'abbatiale séduit les créateurs


Vendredi soir, s'est achevé le festival « Conques, la lumière du roman », sur le thème du labyrinthe. À cette occasion, le jeune compositeur contemporain Octavio Lapez a créé une pièce musicale, « La Cifra en laberintos ». Rencontre,

A la sortie du concert vous avez dit que vous aviez partagé quelque chose avec le public, qu'est-ce que cela signifiait?
Je cherche a réveiller l'imaginaire du public. Si j'arrive, à créer des images et à les captiver c'est pour moi l’aboutissement de mon travail. L'important, c'est l'imaginaire, les rêves et c’est cela qui a été partagé. Le fait qu'ils aient passé un bon moment, c'est le compliment le plus fort que l'on puisse me faire.

Faut-il être un public averti pour éprouver l'émotion et la puissance de votre création ?
Il suffit d'avoir les oreilles ouvertes... avec ou sans culture musicale. J'accepte aussi l'idée qu'on puisse ne pas aimer la musique contemporaine.

On est souvent surpris par les scansions du cette musique qui procurent pourtant une impression d'unité. Comment expliquez-vous cela
Il y a des objets sonores, des notes, qui nous conduisent dans l'espace, parfois on les perd, on les retrouve, mais le travail du compositeur est de construire le temps et l'espace. On construit dans la mémoire. C’est comme dans un tableau, on voit la totalité mais on peut faire des zooms. Quand j'écris ma musique, je m'arrête, je fais des pauses et je me place comme auditeur.

Comment avez-vous réagi à l'interprétation de l'ensemble Musicatreize ?
Il y avait un travail orchestral assez fin et riche. J'ai beaucoup observé les gestes sonores, i| y avait une attention, une écoute entre eux et tout cela s'est mis en place dans les premières répétitions. Il y avait un peu de relais, de questions-réponses entre eux.

L'an dernier, vous avez joué cette création au théâtre de l'Opéra à Aix en Provence. Est-ce différent ici à Conques ?
Oui, en l’abbatiale Sainte-Foy il y a des résonances qui s'ajoutent parce qu’il y a des réverbérations de sons. Le son a plus d'ampleur, plus de longueur. Il y a plus de vie dans cette abbatiale. C'est un lieu magique.

En quoi est-ce un lieu propice à la création ?
L'architecture fait rebondir les sons d'une manière singulière. C'est le lieu qui prend la source sonore et qui la modèle à sa propre acoustique. Je ne savais pas comment l'espace allait réagir a ma musique. El puis il y a les vitraux de Soulages qui donnent une atmosphère colorée à ma création musicale.

Pourquoi vous êtes-vous intéressé au thème du labyrinthe ?
Parce que par L'écoute on peut amener quelqu'un dans des chemins différents. J'ai tout de sute pensé à J-L. Borgès et en particulier à son texte « El Complice » où l'auteur exprime la vulnérabilité d'un auteur. Mais par un choix de construction, j'ai contourné le texte et j'ai alterné ses phrases avec celles des textes de luis Alberto Spineta et Miguel Abuelo et, avec un refrain de MC Solaar le texte est lui-même un labyrinthe.

Qu'est-ce que vous évoque cette composition originale ?
La musique du Sud, Le rythme des cycles... comment contourner un interdit... C'est peut-être l'évocation de la culture argentine qui est elle-même un labyrinthe, un carrefour de plusieurs pays Il y a là bas des vécus tellement différents Mais moi j'ai eu une vie assez riche d'événements et, tout petit, mon imagination était stimulée.

Alors, avec ce travail sur le labyrinthe, vous vous êtes un peu plus perdu ou un peu plus trouvé?
Je me trouve. C’est moi qui suis Dédale. Dédale s'enfermait dans le labyrinthe, moi je sais comment en sortir. J'ai toujours besoin de savoir le début et la fin de ma composition. Je dois tout contrôler pour bien construire l' espace et le temps.

Propos recueillis par Lucie SPAGNUOLO



Dépêche du midi - mardi 14, mercredi 15 août 2001 - Festival de Conques
Conques prépare des voix au contemporain


Dans le cadre du festival de Conques, le chef d’orchestre et de chœur,
Roland Hayrabedian a initié de courageux choristes aux œuvres les plus récentes.

Festival lumière du roman Conques (Aveyron)

Bâtir toute une manifestation associant concerts et académies de musique avec un budget limité à 76 225€ (500 000 F), telle est la gageure du festival « la lumière du roman » de Conques. Se démarquant de la kyrielle de festivals d’été, sa programmation imbrique musiques du passé et création contemporaines, à l’image de la majestueuse abbatiale bénédictine romane Sainte Foy « mise en lumière » par les vitraux opalescents de Pierre soulage.

Parallèlement à une série de sept concerts confiés aux meilleurs ensembles du moment dans des programmes exigeants, tel celui du quatuor Parisii autour du Livre pour quatuor de Boulez, le festival de Conques organise plusieurs stages ouverts aux amateurs, le plus couru étant celui que Roland Hayrabedian consacre au répertoire contemporain. Directeur fondateur de l’ensemble professionnel Musicatreize, Roland Hayrabedian dirige également le chœur contemporain d’Aix-en-Provence, seule formation amateur de France à se vouer exclusivement à la musique d’aujourd’hui.

« Pour chanter ce répertoire, il faut soit être inconscient, soit avoir le goût du risque, sourit Roland Hayrabedian. Et il s’en trouve heureusement des deux côtés qui osent relever le défi et s’en félicitent. » Ainsi, cet été, ils ne sont pas moins de 40 chanteurs à s’être retrouvés à travailler Poulenc, Mompou et Martin, ainsi que des pages de Félix Ibarrande, disciple de Max Deutsh, Henri Dutilleux et Maurice Ohana.
« J’estime, dit Hayrabedian, qu’il est de ma mission de former les chanteurs amateurs à cette musique dans laquelle ils s’engagent avec volonté et enthousiasme et dont ils vont se faire par la suite les apôtres au sein de leurs propres chorales. » Hayrabedian, qui se plaît à la pédagogie, va pouvoir élargir encore auprès des musiciens l ‘audience de la musique qu’il défend. Il prend en effet en charge, d’une part à Versailles , un centre de formation de chefs de chœur pour lequel il a commandé deux œuvres à deux jeunes compositeurs, Philippe Goutenoire et Caroline Marçot et, d’autre part, la direction de l’orchestre des jeunes de la méditerranée.

Avec Musicatreize, Hayrabedian a donné en l’abbatiale de Conques un programme dont il est familier, associant son compositeur fétiche,Ohana ;, et un jeune créateur, Octavio Lopez. Ecrite pour un baryton et 11 instruments, l’œuvre de ce dernier, La Cifra en laberintos se fonde sur un texte de Borges. Tenant du rituel labyrinthique propre à Borges, cette œuvre exalte une athmosphère angoissante mue par une brillante orchestration mise en valeur par l’acoustique réverbérée de l’abbatiale. Hayrabedian a donné des Sundown Dances d’Ohana une lecture enjouée propre à exalter la jubilation à la fois brute et gracieuse de cette étude de rythme qui emprunte aux tradition africaines et espagnoles.

En première partie de concert Caroline Delume, qui aurait dû être la soliste du Concerto pour guitare d’Ibarrando, annulé au dernier moment pour raison budgétaire, a offert une suite de pièces pour guitare, instrument que les compositeurs semblent découvrir enfin. Artiste engagée et raffinée, elle a proposé devant un public médusé une interprétation magistrale de l’une des plus grandes œuvres écrites pour guitare seule, Tellar de Tristan Murail, dont elle s’est faite ma championne. Quoique moins prismatique que celle de Murail, la pièce d’Ibararrando, Cristal y piedra se place sur le même registre magnifiant toutes les aptitudes de la guitare à l’expression à la nuance à la couleur.

Bruno SERROU

 


Le Monde - jeudi 5 avril 2001 - Ensemble 2E2M
Octavio Lopez, un compositeur bien inspiré par les peintres

OCTAVIO LOPEZ : Relais n°1 (septuor). Sextuor (création). Autumn Rythm In Summer (création française). MORTON FELDMAN : Duration. V.HANS TUTSCHKU : Uber unsere Grâber (création française). FRANCISCO LUQUE : A Bellorofonte (création française). Ensemble 2e2m, Pierre Rouiller (direction). Auditorium Saint Germain-des-près, le 2 avril.

D’Octavio Lopez, Argentin qui vit et œuvre à Paris dans la plus grande discrétion depuis 1987, avouons que nous n’avions à ce jour entendu que le nom, évoqué parmi d’autres à l’occasion d’un panorama national. Après le concert-portrait que vient de lui consacrer 2e2m, il apparaît que le compositeur bientôt quadragénaire s’est forgé un style reconnaissable en quelques instants, ce qui n’est pas toujours le cas de ses confrères de plus grande notoriété. Relais n°1. récent septuor avec électronique, laisse penser que la notion de « relais » pourrait être à Octavio Lopez ce que le principe récurrent de « chemin » fut à Luciano Berio et témoigne d’une écriture évolutive parfaitement équilibrée entre libre progression des événements et subtile homogénéité du parcours. Aucun effet de timbre n’y semble gratuit, qu’il s’agisse d’un frissonant balayage des cordes du piano ou d’un frottis de gong avec archet.
Comme celle de Morton Feldman figurant au même programme (avec Durations V, sorte d’expression minimaliste de Luxe, calme et volupté), la musique d’Octavio Lopez trouve moins son identité dans l’origine des son que dans leur destinée, faite de délicates fusions ou d’irradiantes collisions. La création d’un Sextuor à la richesse plastique infinitésimale en donne confirmation. On y retrouve l’intérêt du compositeur pour la forme en fuseau, son goût des ostinatos enchevêtrés au cœur de la matière et son infaillible sens dramatique régissant extensions horizontales et scansions verticales.
Présentées en création française, l’erratique mise en scène de poème de George Traki par l’Allemand Hans Tutschku (Uber unsere Graber) et le laborieuse prospection dans le domaine des quarts de ton de l’espagnol Francisco Luque (A Bellerofonte) ne figurent qu’anecdotiques digression d’un concert placé sous le signe de l’influence picturale. Après M.C escher (Relais n°1) et Victor Vasarely (Sextuor), Jackson Pollock sert en effet de référence à Octavio Lopez dans une très belle pièce pour deux violoncelles, bande et dispoitif électronique (Autumn Rythm in Summer), exécutée pendant la projection du film réalisé en 1950 par hans Namuth sur le maître dripping.

Pierre Gervasoni


Ouest France - 15 mars 2004
Les Nocturnes, observatoire du neuf

Depuis deux ans, le musée des Beaux-Arts propose ses nocturnes, animations musicales et poétiques en collaboration avec des structures comme le pannonica, Apo 33 ou l’Université permanente. Avec succès : la chapelle de l’Oratoire ne désemplit pas. Au programme des deux prochains rendez-vous : musique vocale du XXème siècle et musique électroacoustique en création mondiale.

Poésie américaine, musique baroque, chant a capella, mix, danse et vidéo : les nocturnes du musée des Beaux-Arts varient les plaisirs et croisent les publics. Et depuis deux ans l’auditoire de ces moments musicaux (chaque concert dure 45minutes) ne cesse de grossir. « Ces concerts ont du succès parce qu’ils sont de qualité et gratuit, affirme Véronique Triger, chargée de communication au musée. Le fait qu’ils se déroulent au musée est un gage de sérieux et le public se risque volontiers à tester des musiques différentes. Sans préjugés des personnes du troisième âge écoutent avec intérêt du john Cage. Notre désir est d’inciter ce public à aller écouter des musiques actuelles au Pannonica. »

Label de qualité

Le label de qualité du musée permet dans une fourchette budgétaire modeste de proposer des concerts gratuits de musique contemporaine. Et le compositeur argentin Arturo Gervasoni (installé en région nantaise) se réjouit d’une telle ouverture : « le milieu des arts plastiques est plus ouvert à la création contemporaine que les milieux musicaux traditionnels. Il existe un lien intime entre création plastique et recherche électroacoustique. On travaille, on étire, on compresse le son comme un matériau, on joue sur les timbres et les couleurs comme en peinture. Le mouvement des sons dans l’espace est utilisé comme partie intégrante de la composition . »

Les arts visuels savent écouter la musique contemporaine. Sans qu’il soit nécessaire d’établir des correspondances forcées entre image et son. Ni de coller une musique sur un tableau. La chapelle de l’Oratoire (qui accueille des expositions temporaires) est le lieu de cette rencontre. Celle-ci peut prendre un film ou une vidéo pour point de départ. C’est le cas de l’œuvre (15 mars) Autumn Rythm in summer d’Octavio Lopez, avec deux violoncelles, sons électroacoustiques et vidéo de Hans Namuth sur le peintre américain Jackson. Le 9 mars, l’ensemble vocal Quod Libet (formé de professeurs de musique de la région) proposera un programme réunissant des classiques du Xxème siècle comme Tavener Messiaen et Ives, ainsi que des compositeurs locaux comme Christian Villeneuve et Patrick Nedellec.
Deux autres rendez-vous seront consacrés au compositeur américain Morton Feldman (deux violoncelles, un contralto) et à la photographe surréaliste nantaise. Claude Cahun. Cette diversité de points de vue fait des Nocturnes un observatoire privilégié sur ce qui se fait de neuf aujourd’hui.

Daniel Morvan



Télérama hors série - juin 2005 - Symphonie déconcertante
Eclair multicolore

« Lorsque je l’ai vu pour la première fois dans un livre, en 1990, j’ai eu un véritable coup de foudre pour ce tableau. Pourquoi celui-là et pas un autre ? Je ne peux l’expliquer. J’ai été fortement impressionné par cette trame composée de différentes couches de peintures. On distingue d’ailleurs très bien la couleur de chacun : orange, jaune et bleu. Les éclairs sont grattés avec le manche du pinceau, pour créer plusieurs types de matière. L’éclair principal possède une puissance énorme : il vient de l’extérieur du cadre et sort ensuite du tableau ! Cette œuvre est à la base de les recherches sur Klee. Comme Béla Bartok, ce peintre est trompeur, il semble intuitif. On ne devine pas au premier abord la théorie constructive qui sous-tend ses créations. J’ai voulu m’inspirer de ses concepts, afin de bâtir une esthétique musicale. Rapidement j’ai commencé à tracer des esquisses, en appliquant la notion de ligne à ma musique. Ainsi, la ligne active est devenue une note tenue dans le temps, la ligne intermédiaire un groupe de notes qui forment une surface, et la ligne passive un ensemble de notes – jouées par différents instruments – qui créent un mouvement. En 1993, j’ai composé Bunter Blitz (Eclair multicolore), une œuvre pour treize musiciens. Les accord y figurent les éclairs et sont entrecoupés de nappes musicales superposées. J’aimerais composer tous les dix ans un nouveau mouvement de Bunter Blitz, afin de pouvoir analyser l’évolution de mon écriture musicale. Lorsqu’il a offert la pensée créatrice à Boulez, Stockhausen a déclaré que Paul Klee était le meilleur professeur de composition possible. Il avait raison ! Récemment j’ai découvert que mes parents m’avaient inscrit à l’école de peinture Paul-Klee à Buenos aires… petit, j’ai probablement appris à gratter les couches à la manière de Klee. Il n’y a donc pas de hasard ! »

Octavio Lopez